Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 11:40


























Voilà, c'est fait, j'ai cinquante ans et je me souhaite un bon anniversaire.
J'ai aussi trente d'amour de la photographie, et comme dirait, pour le coup, mon ami Olivier Verley (un vrai photographe, lui), ce n'est pas rien.
Je me revoie encore , au lycée, à la fin des années soixante-dix, aborder la fille de mon professeur de philosophie et lui demander de poser pour moi. Il faut savoir, qu'à l'époque, je n'avais jamais eu entre les mains le moindre appareil photo, mais c'était le seul moyen que j'avais trouvé pour l'aborder.
Elle était sublime et je sentais bien que ce serait l'une des femmes de ma vie.
Sa réponse positive me mit dans un sacré embarras et me poussa fortement à me documenter sur la question. Evidemment, par la suite, j'évitais soigneusement de la croiser car elle me relançait constamment sur la date de notre première séance. Evidemment, je ne l'ai jamais photographiée.
Quelques années, plus tard, je l'ai croisée, au forum des Halles, avec un grand press book sous le bras. Elle était devenue mannequin et partait à Milan pour un "shooting" (quel mot horrible). Elle a pris mon numéro de téléphone et ne m'a jamais rappelé.
Trente ans plus tard, j'en suis toujours là, à compter les occasions manquées et à mélanger ma vie amoureuse et ma vie de photographe amateur.
Entre temps, j'ai voulu partir sur les traces de Mac Cullin et devenir photographe de guerre, j'ai rêvé d'être photographe de plateau des fims de Fellini et Truffaut, je me suis imaginé en assistant d'Helmut Newton mais finalement, je suis resté à ma place, celle d'un petit photographe du dimanche qui pleure sur son triste sort. Bien sûr, j'ai rencontré une ribambelle de jolies jeunes femmes qui se sont prêtées à cette formidable mascarade et je les en remercie.
Cependant, le bilan est là, deux ou trois images que j'aime bien et le reste qui ne vaut pas tripette. Un bien maigre butin, en vérité.
J'ai encore, un vague projet, d'une série qui serait une forme d'hommages combinés à Avedon et Newton mais je sens bien que je ne vais jamais y arriver.
Alors bien sûr, je vais continuer à aller chez Agathe Gaillard et à la Chambre Claire mais ma petite histoire avec la photographie semble s'arrêter là. J'en ai quand même bien profité.


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Samedi 24 janvier 2009 6 24 /01 /Jan /2009 20:56


























En rupture de ban de ma muse photographique pour d'obscures raisons un peu alambiquées, je décidai, il y a quelques temps, de la tromper.
Je me suis posté alors devant mon écran et suis parti faire mon marché sur l'un de ces sites où de nombreuses créatures plus ou moins charmantes, viennent offrir leurs services à des amateurs de photographies érotiques,  aux intentions, je l'imagine, un peu légères ou pour le moins un peu approximatives.
Ma recherche me prit près d'une semaine car l'exercice s'avéra difficile. Bien sur, il y avait dans le lot, de bien jolis minois, mais la machine à rêver ne fonctionnait pas bien.
Je décidai tout de même, de jeter mon dévolu sur une jeune femme un peu blonde, dont les regards me laissaient espérer une personnalité du plus bel effet.
Bien sur, cette photo d'elle, allongée sur le sol, vêtue d'un body en  dentelles noires, avec un martinet à la main, me laissait un peu perplexe, mais quand on s'apprête à des rapports tarifés avec une belle inconnue, ce n'est pas le genre de considérations sur lesquelles, on doit s'arrêter.
Echanges de mails puis rencontre dans un café parisien.
J'avoue que je n'en menais pas large. Gorge nouée et mains moites, je guettai chaque jeune femme qui entrait dans le café puis l'une d'entre elles, emmitouflée dans une grosse doudoune verte balaya la salle du regard et se figea devant moi, me lançant avec un magnifique accent slave 'tu es Bruno ?". Notre histoire pouvait commencer.
J'avoue que les apparences sont parfois un peu trompeuses, mais la jeune femme qui était devant moi, était à mille lieues de celle que je m'étais figurée. Comment ce petit oisillon pouvait être la jeune femme au martinet ?
Elle paraissait aussi inquiète et intimidée que je l'étais. Pour briser la glace, nous décidâmes de regarder les quelques images que nous avions apportées, l'un et l'autre.
Je n'avais pas vu que nous étions assis à coté d'une vieille femme à l'allure un peu bourgeoise et pincée et qui regardait d'un sale oeil, l'étalement de toute cette nudité, ce qui provoqua un joli sourire sur le beau visage de Maria et un début de connivence entre nous.
Le rendez-vous photographique fut pris pour la semaine suivante, avec ma jolie russe car elle était russe.
Elle est arrivée chez moi, un peu affamée. Nous avons mangé et bu du cidre. Elle semblait adorer cela.
Puis, rassasiée, elle décida de passer à l'action. Quelques essayages de robes et de lingerie noires, puis, très rapidement la nudité totale. Je me fis la remarque que la vie était surprenante et valait vraiment, pour le coup, d'être vécue.
Je la conduisis dans ma chambre photographique. J'avais pour l'occasion, recouvert les murs, de papier d'aluminium froissé, un sacré boulôt, ce qui faisait de joiles brillances dans mon viseur.
Maria ne fut pas plus surprise que cela de mon décorum, qui en aurait fait fuire plus d'une et se jeta tranquillement sur le lit que j'avais paré de tissu noir.La lumière halogène finissant par donner à tout cela une atmosphère un peu étrange.
Comme d'habitude, je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire et les temps morts s'amusaient comme des petits fous.
Nous restâmes, de longs moments, elle allongée, nue et détendue au bord du lit et moi assis à ses cotés, à se raconter notre vie. La sienne semblait plutôt agitée et la mienne, un peu terne en comparaison. J'évitai tout de même d'évoquer cette alliance, seul ornement d'une main que j'aurais volontiers prise dans les miennes. J'ai adoré ces moments et j'aurais bien voulu les protéger une éternité.
La séance se termina à l'heure prévue. Maria se rhabilla à toute vitesse, passa un appel en russe sur un ton passablement énervé et agacé et but un dernier verre de cidre.
Sur le quai de la gare, elle me fit un amical baiser puis disparu.
On devait évidemment se revoir, puisque nous avions décidé , l'un et l'autre, que nous étions de belles personnes, mais ce fut pas le cas.
Après plusieurs années, je suis parfois un peu lent, j'ai voulu envoyé cette photo, mais ma jolie russe s'était évanouie. Plus d'abonnée au numéro demandé, messagerie électronique caduque, site inactif ...
La vie, après tout, n'est peut-être pas aussi merveilleuse que cela et toute cette histoire me laisse, dans la bouche, un goût un peu amer.


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Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /Jan /2009 07:55






















Les Stones ont toujours été des gens sympas avec moi. Je les ai beaucoup écoutés pendant mes séances de prise de vue, avant et après aussi, d'ailleurs.
Il y est souvent question de sexe et ce n'est pas pour me déplaire.
J'ai toujours dans un petit coin de ma tête l'envie de "pornographie", l'envie d'une photographie qui dérange un peu. J'ai consommé beaucoup  de ces photographies qu'on dit de "charme" et j'avais très envie de revisiter le genre ,à ma manière.
Alors, voilà, je m'y suis attelé, avec la "femme de ma vie".
Derrière tout cela, il y a beaucoup de colère et d'incompréhension, puis l'acceptation de la pose. Une séance, silencieuse,  à l'atsmosphère un peu chargée en émotion, en doute aussi. Rien d'agréable dans tout cela.
Et quand l'image est là, un peu esseulée dans des planches contact qui montrent des zones d'ambivalence un peu troubles, tout devient à nouveau très difficile à expliquer.
Et puis, c'est le refus violent du résultat, l'impression de haute trahison. Comment lui reprocher de penser que je l'avais trompée ?

Du temps a passé, quelques années. L'image m'a été confisquée puis restituée, avec les autres. Alors voilà, cette photo, elle vaut ce qu'elle vaut mais pour une fois, j'aime beaucoup ce que j'ai fait.



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Mercredi 14 janvier 2009 3 14 /01 /Jan /2009 19:49




























J'ai pris pour pour habitude, depuis déjà une éternité, de commencer ma journée par une forme de contemplation d'un bol de café noir, que j'absorbe progressivement en fonction de l'abaissement de sa température. Ce cérémonial, somme toute assez banal, est agrémenté de la lecture d'une revue de photo ou de mode, qui me permet de jouir d'un moment de bonheur inégalable. L'apparition matinale de ces images agit sur moi comme un stimulus vraiment efficace et me donne l'envie de réaliser mille photos magnifiques avec les plus belles filles du monde. Cet effet dure à peu près une ou deux heures, puis l'effet euphorisant s'estompe pour être remplacé par un vide existentiel qui me conduit, en général, à ne rien faire de la journée.
Ce matin, la revue était le numéro 54 de l'excellente revue photographique belge "CLICHES",  aujourd'hui disparue. Un article nommé "L'insoutenable légèreté de la photographie" a retenu mon attention. Il y était question du traitement de la photographie au cinéma, article llustré par des photos montrant Nick Nolte dans "Underfire", David Hemmings dans "Blow Up" et surtout Juliette Binoche photographiant Léna Olin dans "L'insoutenable légèreté de l'être". Ce dernier film était déjà revenu à la surface, quelques jours auparavant, au cours d'une discussion amicale, avec cette fameuse scène de photographie entre les deux femmes qui tourne un peu à la parade amoureuse et à la révélation de sentiments insondables et inavouables.
J'en avais alors entamé une réflexion, plus ou moins vague, sur les apports de cette ambiguité entre les artistes et les modèles. L'article traitait également de la soumission et de l'offrande, voire de l'accouplement pendant l'acte de création, sujet qui me passionne depuis que j'ai entrepris de mener à bien mon obsession - photographier les femmes.
La vie, hélas, n'est pas toujours rose et je devais par la suite, bien vite revenir les pieds sur cette Terre. En me brossant, un peu trop énergiquement les dents, toujours perdu dans ma réfexion, j'ai réussi à décoller mon bridge. Une chance que j'avais laissé en place le bouchon du lavabo.
Il ne restait plus alors, qu'à me rendre chez mon dentiste, que j'appelle affectueusement "Le boucher" pour me faire recoller l'objet et croquer à nouveau dans la vie, à pleines dents.
Dans le salon d'attente, patientait une jeune femme, assez jolie. Je décidai de m'assoir en face d'elle et de commencer à la dévisager discrètement pour mieux l'envisager.
Mon petit jeu favori.
La jeune femme, sembla à la fois gêné et agacé et pour se donner une bonne contenance, sortit de son sac, un livre à l'aspect usé. Elle commença à le lire, puis me fit un petit sourire. Il s'agissait , évidemment, du livre de Kundera "L'insoutenable légèreté de l'être".
Ce sont des choses qui ne s'inventent pas!


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Dimanche 4 janvier 2009 7 04 /01 /Jan /2009 14:32








































En automne dernier, j'ai passé , avec mon amie Yanicke, une magnifique après-midi à Paris à  déambuler sur les quais de la Seine. Il faisait beau et tous les touristes semblaient vivre un rêve éveillé.
Nous l'avons terminée, quant à nous,  par la visite de l'exposition Avedon au musée du Jeu de Paume. Mon amie ne connaissait pas trop le photographe mais avait passé une partie de sa vie dans l'Ouest américain, ce qui lui permettait de nourrir une certaine curiosité sur le sujet.
Elle y a retrouvé, apparement, les mêmes visages et physionomies cotoyés durant son séjour. Un joli travail ethnologique, selon elle, qui ne lui faisait pas forcément regretter le pays.
De mon coté, je me suis amusé, du comportement de deux jeunes filles, devant la fresque géante représentant Warhol et ses amis de la Factory. Je suis resté un petit moment à les observer, assises face à ces beaux jeunes gens qui ne cachaient rien de leurs anatomies.
Elles semblaient en trouver le sujet entièrement à leur convenance.
Un peu plus loin, trônait ma photo préférée, celle de Marilyn Monroe, figée dans les brillances de sa robe avec un visage tout empreint d'abandon et de désarroi. Magnifique.
Une autre partie de l'exposition présentait le travail d'Avedon qu'il avait consacré aux quatre dernières années de la vie de son père Jacob Israel. Une photo représentant le vieil homme, dans son lit, les yeux fermés et la bouche entrouverte, semblant comme mort, m'a évidemment ramenè à une image beaucoup plus personnelle.
Je veux parler de celle de mon père, mort au petit matin, dans sa chambre d'hôpital, après d'horribles souffrances, un an auparavant. Sa lente agonie m'avait conduit, à l'accompagner durant trois mois vers la fin de sa vie, et à assister, impuissant, à sa régression physique et intellectuelle. De longues journées se sont ainsi écoulées pendant lesquelles  nous nous observions l'un et l'autre. Dans la famille, nous sommes plutôt des taiseux et les interminables  silences ne nous effrayaient pas. Nous étions dans une forme de jeux de dupes, ou chacun faisait semblant d'gnorer la fin de l'histoire.
Je n'ai jamais autant serré la main de mon père en nous souriant l'un à l'autre, avec pour ma part, de temps en temps, un problème du coté de mes glandes lacrymales.
Les derniers jours, les surdoses de morphine l'avaient plongé dans un état de quiétude qui rendait son visage particulièrement lisse et beau. Et l'idée de le photographier m'est apparue. Après tout, mon père allait mourir, il fallait en garder une trace, mais cela avait-il un sens moral ? Comment faire cette photo alors que j'étais partagé, à la lisière du pur vouyeurisme, entre la volonté de garder un souvenir, de faire un dernier portrait pour lui rendre un bel hommage et me contenter de vivre cela, comme n'importe quel fils ?
Je l'avait photographié, un an avant, dans son verger de Normandie, avec ma mère. Tout était beaucoup plus simple. Il n'était plus tout à fait le sémillant jeune homme qui figurait sur de vieilles photos de journaux, le montrant transpercer les filets des terrains de  football de la région parisienne, mais il donnait encore le change, malgré sa canne qui s'enfonçait dans la terre de son jardin et ses articulations déformées.
J'avais eu, cette journée de fin du mois d'août, comme une forme de prémonition. Je m'imaginais le photographier pour la dernière fois. Cela m'avait plongé dans un état de tristesse qui contrastait sérieusement avec la joie discrète de mon père.
Et je n'avais pas tout à fait tort, car ses photos furent effectivement les dernières que je pris de lui.
Celles de l'hôpital  n'ont jamais été faites et je ne sais toujours pas si je dois le regretter


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